8. MON INDÉLÉBILE, DÉBILE…

 

« Que la Lumière soit, et la Lumière fut ». Et voilà toute choses, toute vies affligées d’une ombre. Le sous moi, témoins presque de chaque instant, même intime qu’il existe la lumière, ignorant la Lumière Divine, de la pensée philosophique, de l’intellect, et tout le tralala. Partage t-il mon âme ? – Ce guignol mimant, singeant immuablement tout ce que je fais !

Je me souviens de cette aube, entre chien et loup, lorsqu’un lampadaire est survenu sur mon passage. Je me sentais suivi. C’était après une nuit blanche, de noce, un peu éméché comme on dit. J’avoue que mon pouls est passé à Mach 1, et j’ai cru que Jack l’Eventreur était derrière mon dos. Finalement ce n’était que mon indélébile débile d’ombre !

Tournant au coin de la rue, cinquante mètres plus loin, je lui fais face et commençais à l’engueuler tout en étant compréhensif, gentil, poli et tout et tout. Il était allongé sur le trottoir, je le relevais le long du mur qui se trouvait là, pour parler d’égal à égal et lui demandais de me lâcher les baskets, qu’il aille épouvanter quelqu’un d’autre. J’ai cru qu’il allait pleurer cet imbécile. Je me suis dit qu’il allait être orphelin cet idiot. Mon bon cœur me perdra et je lui ai demandé de me suivre, mais à côté de moi. Nous arrivions sur le boulevard, où une foule de lampadaires nous observaient, il s’est fait plus pâle, élastique, chewing-gum, passant de droite à gauche, devant, mais plus derrière mon dos jusqu’à la maison. Mettant la clef dans la serrure, je lui dis que la prochaine fois je le laisse à la maison, qu’il est grand à présent, qu’il peut se garder seul. Manquerait plus que je me paie une baby-sitter, pour garder ce paillasson sans consistance.

Il faut tout de même avouer que c’est un parasite, qui ne vit que parce que je suis là ! Pourquoi n’arrive t-il pas à se rendre utile ? –Porter les courses, mon sac à dos et tant d’autres choses, non ! Il ne fait que porter leurs ombres, sans compter lorsqu’il fait de l’ombre à moi-même, son maître, sa mère, son dieu tout simplement !-Qu’elle andouille !- Une nouille ! Une fois j’ai essayé de changer mon fardeau contre le sien, eh bien il a fait comme moi. Il a tout posé par terre et il est parti les mains dans les poches. Ce jour là, j’ai vraiment compris que c’était un inutile, un bon à rien, sauf à me faire peur parfois ! Mon côté « obscure » me ferait-il peur ? Je n’en doute pas une seconde. Mais ce « machin » est aussi inoffensif qu’un ver de terre.

C’est vrai que d’un autre côté, il a certains avantages. Il fait comme Spider man sur les mur, il fait l’homme élastique, il fait de l’accordéon, lorsque je descends des marches d’escalier, il passe sous un trente-huit tonnes, un rouleau compresseur, sans une égratignure. Le « super héros » de « Marvel », qui ne sert aucune cause, ni bonne, ni mauvaise. I-nof-fen-sif !

Super héros d’accord. Ce jour là, c’est moi qui n’avais pas tout à fait ma tête sur les épaules sûrement. En voyant sa tête sur le trottoir d’en face, alors que j’attendais pour traverser aux clous. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai couru pour la rejoindre et j’ai failli passer sous le camion qui freina pile, à moins d’un mètre. Le chauffeur me toisa mais ne dit rien, puisque j’étais sur les clous et moi non plus parce que je ne pouvais pas lui dire que j’avais peur que mon ombre y perde sa tête ! –Mon dieu quel rêveur !

Il y a eu de bons moments avec lui et un de ses homonymes ; qui accompagnait un de mes amis. C’est à cette époque, que nous avions découverts à travers les spectacles d’ombres chinoises, et l’apprentissage en cours de dessin de sa réelle existence et sa présence presque omnipotente dans notre vie. Un jour d’un beau soleil de juin, après un cours de dessin, durant la récréation, en plein milieu de la cours, et l’astre lumineux presque à son zénith, nous nous étions amusé à taper sur les fesses des jeunes filles qui passaient à la portée de notre main d’ombre, que nos rires imbéciles les intriguèrent et du même coup comprirent le pourquoi. -Le plus déconcertant, qu’il n’eut aucune gifle et aucunes représailles. Juste un petit sourire, qui certainement disait : -Regardez les filles, ces deux imbéciles mettent en pratique leur cours sur l’ombre !

J’ai fini par le naturaliser « l’inutile moi », mon indélébile débile, mon ombre. Le moi sans enveloppe, non cacheté et sans adresse. Le ridicule moi de mon moi ridicule. Je ne le pleurerai pas, car le jour de sa disparition, je deviendrai moi-même une source de lumière. Adieu mon ombre, adieu à tout jamais…



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